Joe Burton : “J’aime apporter du bonheur autour de moi”

Joe Burton est un joueur pour le moins atypique. Né dans une réserve Indienne à Soboba (Californie), il est le premier joueur Amérindien à avoir obtenu une bourse d’études universitaires. Après avoir lancé sa carrière au Danemark, Joe s’est rapidement fait un nom en LNB lors de sa première expérience en France avec l’AML Evreux en 2015-2016. Une fabuleuse saison ponctuée d’une finale de playoffs ainsi que du titre de MVP de Pro B. Passé également par Roanne en 2016-2017, Joe évoluait au Japon la saison dernière avant de s’engager avec l’ADA l’été dernier. Notre pivot revient sur sa signature à l’ADA, sur la saison du club et nous donne de ses nouvelles suite à sa blessure contractée il y a 3 semaines. 

Quand tu as signé à Blois l’été dernier, tu ne savais pas dans quelle division le club évoluerait. Cela n’a pas été un frein pour toi ?

Pro B ou Jeep Elite, peu importe. J’avais envie de revenir en France et j’étais très content de pouvoir signer à Blois. Mickaël (Hay) et Julien (Monclar) ont toujours été très clairs avec moi concernant la situation du club donc je n’ai jamais douté sur mon choix de m’engager avec Blois.

Finalement, le club n’a pas pu monter en JEEP Elite. Quelle était l’atmosphère en début de saison quand la décision finale est tombée ?

Personnellement, je n’étais pas ici la saison dernière donc je suis en quelque sorte arrivé avec de la fraîcheur mentale. Mais j’ai rapidement senti que certains étaient très impactés par cette non accession, notamment ceux qui sont au club depuis longtemps. C’est juste humain.

Tu as signé pour être titulaire au poste de pivot et assez rapidement, Omari s’est imposé dans le 5 majeur. Est-ce que cela a été problématique pour toi ?

Les premières semaines n’ont effectivement pas été faciles pour moi mais il n’y a jamais eu aucun problème avec le fait qu’Omari commence dans le 5 majeur. Ma seule préoccupation était que l’équipe gagne.

Tu as été moqué par certains à cause de ton poids en début de saison. Comment tu l’as vécu ?

Je suis passé au-dessus de ce que pouvait penser les gens. Mon seul but était de jouer du mieux possible et de faire les efforts nécessaires pour y parvenir. La meilleure des réponses, c’était d’être bon sur le terrain et de donner le maximum pour l’équipe.

Tu disais que les premières semaines ont été compliquées pour toi mais pour l’équipe aussi. Fin décembre, au moment de la trêve, le bilan était de 5 victoires pour 7 défaites. Et puis début 2019, l’équipe a remporté 3 matchs consécutifs. Comment tu l’expliques ?

C’est vrai que le début de saison n’a évidemment pas été celui que l’on espérait. Entre le fait de devoir digérer pour certains la non accession en JEEP Elite et les blessures de Tyren et de Noé, le collectif n’a pas été épargné et l’équilibre du groupe a été fragilisé. Personnellement, j’ai même craint de me faire mettre dehors.  A la reprise début janvier, il y a eu une prise de conscience collective. Je pense que ça a fait du bien à tout le monde de couper un peu après les 2 matchs compliqués contre Paris et à Orléans fin décembre. Et puis tous ensemble, nous avons pris un nouveau départ et les résultats ont été meilleurs.

Tu expliques t’être senti en danger. As-tu ressenti une certaine pression ?

Je suis chef de famille et je dois subvenir aux besoins de ma famille donc c’est normal quelque part d’avoir une certaine pression. J’ai une grosse responsabilité vis-à-vis de ma famille. La pression fait partie intégrante du métier de basketteur.

La saison dernière tu jouais au Japon, une toute autre culture ?

Ah oui ! (rires) C’est complètement différent. Là-bas, on joue un basket qui est beaucoup moins basé sur le collectif qu’en Europe. Le jeu tourne autour du joueur américain de l’équipe. C’est également moins intensif (un seul entrainement par jour) et l’esprit de compétition n’est pas aussi marqué qu’ici. Qu’on perde ou qu’on gagne, les fans sont contents. Ils sont tout simplement heureux de pouvoir assister à un match de basket, peu importe le résultat.

Que penses-tu du championnat de Pro B justement ?

La Pro B, c’est vraiment un championnat qui est fou. Chaque saison est très différente avec des effectifs qui changent. Quand tu es en haut de tableau une saison, ce n’est pas simple de répéter l’exploit l’année suivante. C’est en tout cas une très bonne seconde division dans laquelle il est très intéressant d’évoluer.

Quels sont tes projets pour le futur ?

J’espère revenir dans ma réserve à Soboba où j’envisage de créer une ONG (Organisation non gouvernementale) qui permettrait d’aider d’une manière ou d’une autre ma communauté. C’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur.

Tu as une relation assez particulière avec le public. Pourquoi ?

J’aime avoir du “feeling” avec tout le monde. J’aime que les gens passent des bons moments, s’amusent et soient heureux. J’aime beaucoup aussi aller voir jouer les jeunes. Si je peux faire en sorte d’apporter du bonheur autour de moi, je le fais avec grand plaisir.

Un mot pour les fans justement ?

C’est super de pouvoir jouer dans une salle pleine tout le temps. Je souhaite les remercier pour leur soutien depuis le début de la saison. Ils sont toujours là, même dans les périodes où c’est compliqué. Plus ils sont derrière l’équipe et plus ils nous soutiennent, plus ça nous aide nous les joueurs sur le terrain. On compte sur eux demain contre Poitiers et contre Chartres pour nous apporter de l’énergie positive !

Tu es éloigné des parquets depuis 3 semaines, comme tu le vis ?

Je me repose, j’y vais doucement et je fais de la rééducation pour me soigner. Je continue de m’entretenir physiquement en allant m’entraîner à la salle de sport et je fais du vélo d’appartement, du vélo elliptique et je vais également nager.

On te sent toujours proche de l’équipe malgré ta blessure ? 

Oui bien sûr ! J’encourage l’équipe depuis le banc pendant les entraînements et pendant les matchs. J’essaye de leur apporter un maximum d’énergie et d’avoir une attitude positive pour mes coéquipiers qui jouent. Et de mon côté, je fais en sorte de me remettre de ma blessure le plus rapidement possible pour revenir sur les parquets le plus vite possible.

Merci à Joe pour sa disponibilité et à Marine Ferré, bénévole au club, pour la traduction.